C’est avec une fierté non dissimulée qu’António Gonçalves Ferreira nous montre une petite partie des 1 500 hectares de subéraie [fo­rêt de chênes-lièges] qui appartiennent à sa famille depuis cinq générations. Une main sur l’arbre, l’autre tenant la hache pour le déliégeage – il refuse d’utiliser des machines électriques, contrairement à la plupart des autres exploitants –, il jauge la qualité de l’écorce. La récolte est prévue pour cet été, après neuf ans de croissance. Ici, on parle de “loi des neuf ans” : si l’arbre n’a pas assez poussé, l’écorce sera trop fine pour faire des bouchons. “Or c’est l’utilisation la plus rentable du liège”, précise António.

Le kilo d’écorce rapporte 4 euros pour les bouchons, et seulement 0,40 euro pour les autres utilisations. Une réalité qui pousse nombre de producteurs à repousser d’un ou deux ans le déliégeage dans l’espoir d’obtenir un matériau de meilleure qualité. Mais, si l’on attend trop, il devient impossible de retirer l’écorce sans endommager l’arbre. Les ouvriers du liège savent que, s’ils réalisent l’extraction dans les règles de l’art, le chêne-liège pourra renouveler son écorce seize fois au long des cent cinquante à deux cents ans de sa vie.


L’Alentejo, dans le sud du Portugal, est le pays du chêne-liège par excellence. On y trouve 72 % des 736 000 hectares de subéraies du pays. La région est victime, comme ailleurs, de pratiques délictueuses. L’abattage illégal d’arbres persiste, alors que le chêne-liège est protégé par la loi depuis 1209.